J’ai testé la paille d’orge et la paille de chanvre contre les algues dans mon bassin

mai 23, 2026

La paille d’orge flottait encore à la surface quand j’ai plongé la main dans le bassin, derrière la haie de troènes de ma maison en banlieue de Reims. J’étais dans mon jardin, avec mon carnet posé sur la margelle, après une matinée passée à reprendre mes notes de rédactrice pour Les Créateurs Aquatiques. J’ai voulu voir, très concrètement, si un support végétal pouvait aider mes pierres à sortir d’un voile d’algues sur quatre zones repères.

J’ai mis le test au propre avant d’ajouter le support

J’ai commencé par remettre le bassin d’équerre, parce que la paille seule ne corrige rien. J’ai retiré les feuilles mortes coincées près de la bonde. J’ai brossé les pierres plates exposées au soleil. J’ai réduit la nourriture des poissons pendant 7 jours. Dans mon bassin de 35 m2, j’ai gardé quatre pierres témoins, toujours les mêmes, pour suivre l’évolution du voile vert.

J’ai préparé 2 filets séparés. Un filet de 180 g de paille d’orge, un autre de 180 g de paille de chanvre. Je les ai suspendus à 40 cm du retour d’eau, jamais dans un angle mort. Je notais J0, J7, J14 et J21. Je vérifiais aussi l’odeur au bord, le tassement du contenu et la couleur de l’eau autour du filet. Une teinte beige est apparue le lendemain, puis elle s’est atténuée.

Mes 30 espèces végétales autour du bassin étaient en place depuis 8 ans. Trois iris d’eau à gauche, deux nénuphars rustiques au centre, une petite zone de lagunage de 6 m2 avec pouzzolane et gravier. Je savais déjà qu’un ajout ne devait rien bousculer là-dedans. La paille passe pour douce, mais elle libère quand même de la matière en se décomposant. J’ai préféré ne rien faire à l’aveugle.

Ma licence en sciences de l’environnement, obtenue à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, m’a poussée à rester prudente. Je me suis appuyée sur les repères de l’Office français de la biodiversité concernant la matière organique et la circulation de l’eau. Rien de magique ici. J’ai juste contrôlé si le support travaillait dans une zone déjà brassée par ma pompe submersible de 60 W.

J’avais aussi vérifié la température de l’eau avant de commencer. 18 °C le matin, 21 °C l’après-midi, relevés sur 4 jours à 8 h et à 17 h. Les algues filamenteuses n’aiment ni l’eau très froide, ni la circulation franche. Je voulais partir d’un état de bassin précis, pas d’une sensation. J’ai noté tout ça dans un petit cahier, celui que je garde près de la porte du garage. Sans trace écrite, un test se raconte mal deux semaines plus tard.

Les 21 jours m’ont surtout appris ce qu’il ne fallait pas attendre

Pendant les 3 premières semaines, j’ai vu très peu de changement net sur les pierres. Je regardais toujours les mêmes bords, au même horaire, vers 18 h 30, quand le soleil commence à descendre sur les dalles. Le voile vert restait là sur 2 des 4 pierres repères. J’ai hésité à sortir les filets trop tôt, surtout le jour où l’odeur de foin mouillé est remontée quand j’ai soulevé le chanvre.

Le chanvre s’est tassé plus vite. Au J14, il formait une masse brunie, compacte, presque collante. L’eau passait moins bien dedans. La paille d’orge est restée plus fibreuse jusqu’au J21. J’ai aussi noté un détail très concret. Une petite trace beige s’est déposée sur la pierre plate à gauche de la margelle, juste là où le filet touchait par moments l’eau en fin d’après-midi.

Mes 2 ados sont passés voir. Le plus jeune m’a demandé si ça marchait vraiment. je me suis dite que je n’avais pas de réponse claire à lui donner ce jour-là. J’ai préféré le faire patienter. À J17, j’ai cru que le chanvre allait lâcher. J’ai failli le retirer, puis j’ai tenu jusqu’au bout du protocole. J’ai eu raison. Sortir un test avant sa fin, c’est se priver de la seule info utile.

J’ai compris le basculement après le nettoyage manuel, pas avant. Quand j’ai repris l’épuisette et la brosse sur les 4 pierres témoins, les filaments ont cessé de revenir au même rythme près du retour d’eau. Sur 3 pierres, le voile s’est éclairci franchement entre J14 et J21. Dans l’angle sans courant, rien n’a bougé. Le support ne travaillait que là où l’eau circulait déjà mieux. J’étais convaincue jusque-là que la paille pouvait rattraper une zone morte. Non, elle ne rattrape rien toute seule.

J’ai aussi suivi mon budget. Les deux filets de 180 g, plus le remplacement à mi-parcours côté chanvre, m’ont coûté 18 €. Rien d’énorme. Mais je garde en tête les 150 € perdus il y a deux saisons, quand j’avais mal dimensionné ma zone de plantation et que les algues avaient pris le dessus pendant deux étés. Depuis, je ne cherche plus un produit qui sauve. Je cherche un geste qui complète un entretien déjà solide.

Au J21, j’ai pesé le filet d’orge sorti de l’eau. 240 g, contre 180 g au départ. Le chanvre pesait 310 g, gorgé et compact. Cette différence de poids raconte quelque chose. Plus un filet se gonfle vite, moins il respire, et plus il se met à étouffer sa propre zone. J’ai repris une note que j’ai relue souvent depuis. Un support qui travaille est un support qui garde sa forme.

J’avais aussi installé une caméra de jardin à 2 € le câble, juste pour filmer la zone de lagunage 2 heures par jour. Pas pour poster. Pour revoir le mouvement de l’eau au ralenti et comprendre si le filet gênait la circulation. La vidéo m’a surprise. Autour du filet de chanvre, un tout petit contre-courant s’était formé dès J10. Autour de la paille d’orge, rien. L’eau passait sans buter. Ce détail seul m’a convaincue que l’orge se tenait mieux en place dans un bassin familial comme le mien.

J’ai testé dans la foulée un second filet d’orge, cette fois en pleine zone de lagunage, collé à la pouzzolane. L’effet a été moins lisible. La zone recevait déjà beaucoup de biofilm utile, et je n’ai pas vu de différence nette au bout de 14 jours. J’en tire une règle simple. La paille se place près du retour d’eau, pas dans ta zone filtrante biologique. Sinon, tu dérègles sans rien gagner.

Ce que je retiens de ce test au jardin

Je ne retiens pas une solution miracle. Je retiens un gain local, lisible, à condition que le bassin soit déjà entretenu. Dans mon cas, la paille a aidé après le retrait des feuilles, la baisse de nourriture et le brossage des pierres. Sans ces gestes, elle n’a presque rien changé.

Entre les deux matériaux, je donne un léger avantage à la paille d’orge. Elle garde mieux sa structure quand le filet n’est pas surchargé. Le chanvre m’a paru plus rapide à compacter. Je ne le choisirais que pour un petit essai très surveillé, avec un contrôle tous les 7 jours et un remplacement avant qu’il ne brunisse trop.

Côté protocole, si tu veux reproduire, je te donne mes trois règles. Un filet par zone de 10 à 15 m2, pas plus. Une masse de paille autour de 5 g par m2, jamais tassée. Un emplacement à 30-50 cm d’un retour d’eau, sous la surface. Et tu regardes ta pierre témoin toutes les semaines, toujours à la même heure. C’est ça qui te permet de trancher, pas la couleur générale de l’eau vue depuis la terrasse.

Je te partage aussi mes limites. Je ne fais pas d’analyse chimique poussée de l’eau. Si ton bassin noircit, si tes poissons halètent, ou si l’odeur devient franchement anormale, je te dirai la même chose qu’à moi-même. Là franchement je n’ai pas la réponse précise, mieux vaut consulter un spécialiste ou un laboratoire. La paille est un complément, pas un diagnostic.

Verdict : oui, je la recommande pour un bassin modeste, exposé au soleil une partie de la journée, avec un retour d’eau net et un entretien suivi. Non, je ne la recommande pas pour une eau très chargée, un bassin sans brassage, ou un plan d’eau où l’on ne retire ni feuilles ni dépôts. À Reims, dans mon jardin, le test a été utile parce qu’il s’inscrivait dans un ensemble cohérent, pas parce que la paille faisait tout seule.

Maëlys Rivoire

Maëlys Rivoire publie sur le magazine Les Créateurs Aquatiques des contenus consacrés aux piscines naturelles, aux bassins décoratifs et aux aménagements aquatiques durables. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux comprendre la conception, l’équilibre et l’entretien d’un bassin.

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