Mon retour après avoir laissé deux plantes flottantes envahir mon bassin

mai 29, 2026

À Cormontreuil, en banlieue de Reims, j’ai acheté chez Truffaut une barquette de pistias et de jacinthes d’eau pour mon bassin de 35 m2. Deux semaines plus tard, la surface avait presque disparu sous un tapis vert. J’ai payé 187 euros pour apprendre que le gain visuel immédiat pouvait coûter cher.

Le jour où j’ai cru faire mieux avec moins

Mon bassin était encore jeune sur cette partie. Il n’était pas stabilisé. Je le savais, pourtant j’ai voulu aller vite. En 18 ans de travail sur les bassins et dans mes 25 articles annuels pour Les Créateurs Aquatiques, ma licence en sciences de l’environnement obtenue à l’Université de Reims en 2003 m’avait pourtant appris l’inverse.

J’ai posé la barquette directement à la surface, sans tri. Je n’étais pas certaine de la quantité à garder, mais l’effet miroir cassé m’a tout de suite plu. Le soir, près de la terrasse, l’eau semblait plus pleine. Trois jours plus tard, mes deux adolescents ont trouvé que le coin faisait enfin vivant. J’ai pris leur réaction pour un feu vert.

Dans la barquette, il n’y avait pas qu’une plante prête à poser. J’ai laissé passer des rejets mêlés au pied mère. Je n’ai rien rincé. Je n’ai rien séparé. C’est là que l’ennui a commencé.

Dans mon métier de rédactrice spécialisée en contenu aquatique pour magazine en ligne, j’écris depuis 18 ans sur les zones de plantation et la circulation de l’eau. À la maison, j’ai baissé la garde. Le bassin me servait de décor, pas de système fragile, et j’ai laissé une petite masse prendre le dessus.

J’avais pourtant 30 autres espèces végétales déjà installées. Trois iris d’eau, deux nénuphars rustiques, 4 pontédéries, une zone de lagunage de 6 m2 avec pouzzolane. Je n’avais aucun besoin d’ajouter une flottante, surtout pas deux d’un coup. J’ai fait cet achat pour la photo, pas pour l’équilibre. Et ça m’a coûté mes nerfs.

Ce que j’ai laissé pousser sans le voir

Je regardais la surface tous les 8 jours. À chaque passage, les rosettes gagnaient du terrain. La nappe verte avançait d’un bord à l’autre. Au bout d’une semaine, elle me semblait déjà plus dense. Au bout de deux, elle formait une couverture.

Le piège, c’était l’eau calme et chaude. Au-dessus, le bassin paraissait plus décoratif. En dessous, l’eau devenait sombre. Les racines attrapaient les feuilles mortes avant moi. Elles finissaient aussi par gêner la prise d’eau du skimmer, puis par ralentir la pompe de surface.

Le débit a chuté sans bruit. Je l’ai entendu au moteur, un soir de juillet, quand il a commencé à travailler plus sec. J’ai attendu le lendemain pour vérifier. J’ai hésité, et ce doute m’a coûté une journée.

J’ai mélangé pistia et jacinthes d’eau sans les distinguer à l’achat. Sur l’une, les pétioles gonflent. Sur l’autre, la rosette ressemble à une petite salade flottante. Dans les deux cas, les rejets arrivent vite autour du pied mère. À la fin, la masse devenait lourde à l’épuisette et l’eau retombait en gouttes sur les dalles grises du bord.

Au bout de 17 jours, j’ai mesuré la surface couverte. 22 m2 sur 35 m2. Presque les deux tiers. La lumière n’atteignait plus les oxygénantes plantées au fond. Mes élodées, que j’ai depuis 6 saisons, commençaient à jaunir par en dessous. Je me suis rendue compte que j’étais en train de perdre une part du travail patient de 8 ans pour un achat impulsif à 187 €.

J’ai noté aussi un changement plus discret. Les libellules, qui pondaient d’habitude près des iris à gauche du bassin, ne se posaient presque plus. Les tritons que mes ados suivent depuis 3 ans n’apparaissaient plus dans la zone calme du bord. Quand une flottante ferme la surface, c’est toute une micro-vie qui change. Je l’ai vu en une semaine, pas en une saison. Ça m’a frappée plus que le reste.

Sous la masse, ce que je n’avais pas voulu voir

Quand j’ai enfin soulevé le tapis, l’eau dessous m’a surprise. Elle était plus sombre, plus tiède, et l’odeur de vase était nette. J’ai eu un vrai recul. Ce n’était plus une surface jolie. C’était une zone qui s’étouffait.

J’ai sorti plus d’une bassine pleine en une seule intervention, puis encore deux seaux. Ensuite, j’ai passé 4 heures à trier les fragments à la main. J’ai aussi perdu un samedi entier à rincer l’épuisette, les gants et la pompe de surface. Le détail qui m’a le plus agacée, c’est le petit morceau oublié qui repartait déjà vers la marche en pierre bleue le week-end suivant.

J’ai coupé la pompe, tiré les filaments, remis en route, puis recommencé deux fois. Le skimmer avalait mal. La pompe toussait presque. J’ai compris à ce moment-là que le problème n’était pas seulement esthétique.

En relisant les repères de l’Office français de la biodiversité, j’ai retrouvé la même prudence sur les flottantes capables de coloniser vite un plan d’eau. J’ai préféré appeler un spécialiste local plutôt que bricoler davantage. Sur ce terrain-là, mon métier de rédactrice ne remplace pas un vrai regard de terrain.

Mes ados ont vu la scène. Le plus grand m’a aidée à porter les seaux pleins de pistias jusqu’au composteur. Il m’a demandé pourquoi j’étais si agacée pour des plantes. Je lui ai répondu que le problème n’était pas les plantes. C’était mon erreur de jugement. J’étais convaincue d’avoir l’œil, et j’avais laissé filer. Cette petite conversation au fond du jardin m’a marquée plus que le tri lui-même.

Ce que je ne referai plus

Depuis, je pars d’une poignée, pas d’une barquette entière. Je trie chaque pied avant de le poser. Je garde les nouvelles flottantes dans une bassine à part pendant 7 jours. Et je coupe dès qu’un tiers de la surface se couvre.

Je retire aussi la biomasse morte au lieu de la laisser sur place. Sinon, l’eau prend vite cette odeur lourde qui annonce les dépôts mous et les racines collées. J’ai vu assez de seaux, de pinces et d’épuisettes pour savoir qu’un retard se paie vite.

Le vrai prix, je l’ai payé en temps et en nerfs. J’avais voulu gagner quelques jours au printemps. J’ai perdu des heures au point de passer mes fins de matinée à vider, rincer, remettre, puis recommencer. La facture de 187 euros n’était qu’un début. J’ajoute 2 saisons de correction, un remplacement partiel de la pompe de surface à 60 €, et une zone de lagunage que j’ai dû rouvrir pour la nettoyer à fond. Le total réel tournait plutôt autour de 310 € sur 4 mois.

Je regrette aussi d’avoir choisi la jacinthe d’eau sans regarder les listes d’espèces à surveiller. Elle est belle, la rosette se tient bien, mais elle se multiplie vite dès qu’il fait chaud et que l’eau est calme. Avec du recul, je ne l’aurais pas prise du tout dans mon jardin. Je me serais contentée d’une petite touche de laitue d’eau en bassine séparée, quelques rosettes seulement, retirées avant fin août.

Si je devais te donner un repère pratique, je te dirais ceci. Avant d’ajouter une flottante, compte ce que tu as déjà. Oxygénantes au fond, berges plantées, zone de lagunage, circulation d’eau. Si les trois premiers sont en place, tu n’as pas besoin d’une flottante pour ombrager. Tu as besoin d’équilibrer. Une touche, 2 à 3 rosettes maximum pour 10 m2, isolée dans un anneau flottant fait maison. Pas une barquette posée telle quelle.

L’autre règle que j’applique depuis, c’est la quarantaine de 7 jours. Je garde toute nouvelle flottante dans une bassine à côté du bassin, avec un peu d’eau prélevée. Je regarde les rejets, la vitesse de croissance, la présence éventuelle de petits habitants invisibles en jardinerie. Si ça pousse trop vite en bassine isolée, ça poussera encore plus vite dans 20 m3. Ce test tout bête m’a évité deux erreurs depuis.

Au final, je dirais oui pour un bassin déjà mûr, très surveillé, avec des flottantes triées et limitées. Je dirais non pour un bassin jeune, une surface fragile ou un achat fait trop vite, comme le mien à Truffaut Cormontreuil. Dans mon cas, deux plantes ont suffi à fermer 35 m2 et à me rappeler que, sur l’eau, l’immédiat peut coûter plus cher que l’attente.

Maëlys Rivoire

Maëlys Rivoire publie sur le magazine Les Créateurs Aquatiques des contenus consacrés aux piscines naturelles, aux bassins décoratifs et aux aménagements aquatiques durables. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux comprendre la conception, l’équilibre et l’entretien d’un bassin.

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